—Vous me sauvez! s'écria le baron.
Mais il eut un scrupule d'honnête homme et se ravisa.
—Non, non, reprit-il, je ne dois pas vous laisser faire cette folie! vous avez deux motifs pour la faire: votre amour d'abord, je le devine de reste; et puis la généreuse idée de sauver un ami!
—Ce sont deux excellents motifs, et je n'en connais pas de meilleurs sur la terre. N'en ayez pas de scrupule: Mauzères vaut, en dehors de votre position précaire et d'un moment de crise particulière à cette province, trois cent mille francs.
—Sur l'honneur!
—Vous l'avez dit, cela me suffit sans aucun serment de votre part; je ne vous interroge plus, je raisonne. Je dis donc que, dans deux ou trois ans (avant peut-être), cet immeuble aura recouvré toute sa valeur. Je ne serai donc point lésé, et le service que je vous rends peut être considéré comme une simple avance de fonds. Aimez-vous cette résidence? restez-y, et permettez-moi seulement de vous la solder et d'y demeurer avec vous.
—Non, non, dit le baron. Je brûle de vivre à Paris; je me rouille, je m'étiole ici. Oh! mes cinq mille livres de rente et Paris, voilà mon rêve depuis dix ans!
Il y eut cependant encore un certain combat de délicatesse entre les deux amis. Adriani insista si bien, que le baron céda et laissa voir autant d'empressement pour vendre qu'Adriani en éprouvait pour acheter.
XIV
Dès le lendemain, Adriani et M. de West se rendirent à Tournon, chez M. Bosquet, banquier et ami de celui-ci, qui, sur les preuves de solvabilité que lui fournit l'artiste, et sur la caution morale du baron, versa cent mille francs à ce dernier et s'engagea à satisfaire tous ses créanciers dans la huitaine, à la condition qu'il serait subrogé dans leurs hypothèques sur la terre de Mauzères et dans le privilége du vendeur, au cas où les fonds d'Adriani ne lui seraient pas encore remboursés.