—Que diable venez-vous faire ici? lui dit-il avec l'espèce de dépit que l'on éprouve à la pensée d'être vaincu fatalement par un faible adversaire. Pourquoi quittez-vous votre maîtresse, qui est seule, ou pis que seule, avec votre maritorne de laitière?
—Monsieur, répondit Toinette sans se troubler d'un accueil si maussade, je ne suis pas inquiète de madame dans un moment plus que dans l'autre. Elle n'est pas folle, comme il plaît à votre valet de chambre de le dire: elle n'a jamais eu l'idée du suicide…
—Et que m'importe ce que pense mon valet de chambre? pourquoi connaissez-vous mon valet de chambre? pourquoi venez-vous ici le questionner?
—Je suis venue le questionner sur votre départ, parce que j'ai vu tantôt dans vos yeux que vous ne vouliez pas revenir.
—Eh bien, après?
—Pourquoi partir demain, monsieur, puisque vous aviez encore une semaine à nous donner?
—Et pourquoi rester, je vous le demande? La tristesse de madame de Monteluz se communique à moi et me fait mal; je ne vous l'ai pas caché; je ne peux en aucune façon l'en distraire…
—Ah! voilà où vous vous trompez, monsieur! Votre musique lui faisait tant de bien!
—Ma musique, ma musique! Qu'elle prenne un chanteur à ses gages!
—Allons, dit la Muiron avec un sourire de triomphe, c'est un dépit d'amoureux; je le savais bien!