Un jour,—c'est alors que mon supplice a commencé,—elle vint avec une robe neuve.

Tout de suite, j'eus le coeur mordu par un soupçon. Mais elle me regarda en face et me dit en souriant:

«Ah! oui, tu regardes ma robe!... C'est Clotilde qui me l'a donnée... Tu sais, Clotilde, l'amie avec qui j'étais la première fois que nous nous sommes rencontrés... Elle a maintenant un amant qui fait des folies pour elle. En me voyant si pauvrement vêtue, elle m'a fait cadeau de cette robe qu'elle n'avait mise que cinq ou six fois. Je n'ai eu qu'à l'arranger un peu... Elle est comme neuve, n'est-ce pas?»

Ce n'était pas vrai! Jamais, depuis que nous vivions ensemble, Marguerite ne m'avait parlé de cette Clotilde comme d'une amie. Naguère, les deux femmes demeuraient dans le même hôtel meublé, voisinaient, allaient de compagnie dans les bals publics, voilà tout. Je me rappelais Clotilde comme une fille sans jeunesse et sans beauté, tombée dans la misère, pouvant faire tout au plus illusion, sous le fard, à quelque soupeur pris de vin. Une pareille créature n'avait pu trouver un amant assez riche pour faire de telles largesses. Ce n'était pas vrai, et, si j'en avais douté, j'en aurais vu éclater la preuve dans les yeux que Marguerite s'efforçait de tenir fixes sur les miens, dans ses yeux où le regard semblait trembler et dont les paupières palpitaient à coups rapides, dans ses yeux de menteuse!

Je fus sur le point de lui dire toute ma pensée, d'éclater en reproches, de lui faire une scène. Mais j'eus peur qu'elle ne revînt plus, et je me contins.

Elle continua de me parler affectueusement, me disant qu'elle gagnait à présent trois francs cinquante et jusqu'à quatre francs par jour, qu'elle avait trop d'ouvrage et n'y pouvait suffire, qu'elle songeait à prendre une apprentie. Elle accumulait les mensonges, j'en avais la certitude.

Bien que je sentisse gronder en moi un orage de douleur et de colère, j'eus la force d'être calme jusqu'au bout; je ne répondis que par des mots insignifiants à tout ce bavardage. Elle attribua sans doute cet accès de taciturnité à ma triste situation et me quitta presque joyeuse, s'imaginant que j'étais sa dupe.

Ainsi, Marguerite me trompait. Pendant que je subissais, à cause d'elle, le châtiment des voleurs, elle avait pris un amant,—que dis-je? elle se louait peut-être à la nuit, comme autrefois, et pour des chiffons! Je venais de lui voir une robe nouvelle, mais, la prochaine fois,—j'en aurais parié ma main droite,—elle aurait des gants neufs et un chapeau frais; et toutes les menteries qu'elle venait de me débiter n'avaient d'autre but que de me préparer à l'apparition de ses futures toilettes. Et elle n'avait pas eu l'idée de remettre, pour venir me voir, ses pauvres vêtements, ou, si elle y avait pensé, elle n'avait pas voulu se montrer dans la rue avec une robe usée! Non! elle avait mieux aimé inventer d'imbéciles impostures; elle avait probablement haussé les épaules en se disant: «Tant pis pour lui, s'il ne me croit pas!» Oh! la stupide, la vulgaire fille! Et c'était pour «ça» que je faisais de la prison et que je m'étais déshonoré!

Mais, puisqu'elle était capable de cette infamie, puisqu'elle ne m'aimait pas, pourquoi revenait-elle me voir? Eh! parbleu, par niaise sensiblerie, par bêtise charitable, comme elle serait allée porter des oranges à sa portière malade à l'hôpital.

Quelle honte! Elle avait pitié de moi!