—Quelles preuves?... Je n'ai pas de preuves, moi... Je t'ai juré... Je ne peux rien de plus!

Lahonce semblait se recueillir.

—Je te demande pardon! dit-il au bout d'un instant... Ne t'effarouche pas de ce que je te suggère... C'est pour ton bien, je te le répète, pour notre tranquillité, pour notre bonheur... Si, il y a des preuves!... Tiens, je suppose, tu me confierais tes clefs, tu me permettrais de m'assurer que tu n'as dans tes tiroirs ni lettres de ce Monsieur, ni quoi que ce soit enfin...

Charlie eut un soubresaut d'angoisse et se dominant, simulant un ton de plaisanterie:

—Alors, c'est une perquisition, tout bonnement, que tu voudrais opérer? Tu voudrais fouiller dans mes papiers comme si j'étais un escroc, un bandit, n'est-ce pas?

—Mais non! rétorquait Lahonce... Tu exagères. Tu m'as mal saisi!...

Il y eut une pause. Charlie revoyait, en un pêle-mêle de bleu, de blanc et de mauve, une centaine de lettres de Favierres, que renfermait le tiroir de gauche de son bureau, tout à côté, dans le cabinet de travail voisin. Que faire? Refuser, c'était avouer, et avouer également que de livrer ses clefs. Il ne s'agissait plus d'éluder, de procéder par réponses évasives et serments mensongers. Il fallait se prononcer, choisir ouvertement entre les deux partis.

Et Charlie avait la sensation d'être devant son père comme une femme coupable devant un mari justicier, une sensation toute féminine d'accablement suprême et de surhumain courage à la pensée de perdre l'ami qu'il préférait.

—Voyons, mon garçon, et ces clefs? interrogea Lahonce qui avait repris, autour de la chambre, sa promenade.

Le jeune homme se taisait. Lahonce poursuivit: