De moi tu n’auras donc point pitié!
Tu ne m’aimes pas, moi je me meurs!
Mais bientôt finira mon supplice:
Je suis au trou pour plus de la moitié.»
Barnabé n’avait pas fini de chanter cette strophe, que Simonnet Garidel levait les bras vers lui et donnait les marques d’un irrésistible enthousiasme.
—C’est superbe! s’écria-t-il avec élan, c’est superbe! Ah! Frère, que je vous remercie! Vous avez raison, raison comme le bon Dieu, de dire que je suis à moitié mort. Moi, sentant mes jambes coupées, depuis que j’aime tant Liette, je me répétais en mon dedans: «J’en mourrai, j’en mourrai bien sûr;» mais jamais je n’eusse trouvé vos jolis mots pour conter ma peine.
—Tu vois donc que je m’y entends à vos crève-cœur amoureux! interrompit l’ermite qui triomphait.
—Certes, mieux que pas un!... Au demeurant, ni Braguibus ni vous, vous n’aurez à vous plaindre de moi. Les Garidel ne sont plus riches; mais il reste encore assez de miettes au fond du sac pour acquitter le service que vous me rendez... A propos, et le quatrième couplet?
Braguibus et Barnabé, gonflés par l’espérance d’une grasse aubaine, s’enlevèrent de plus belle.
«Adieu, fillette
Si jolie,
Je pars, puisque tu ne me veux pas;
Je ne retournerai plus au village,
Et si ton œil voit mon visage,
Ce sera la nuit, quand tu songeras.»