Alors seulement je m’aperçus que la face de Barnabé était effroyablement rouge et que ses yeux, noyés dans des vapeurs humides, n’avaient plus ni regard ni vie. Qu’allait-il lui arriver? Dix fois, il tenta de décrocher les hauts boutons de sa soutane pour donner aisance à son cou musculeux. Malheureusement ses doigts, qui tremblaient, ne réussirent pas à rencontrer les boutonnières. Pourquoi ses doigts tremblaient-ils? Sa main était si sûre lorsqu’elle saisissait les nids aux branchettes fourchues du verger! Enfin la soutane, tourmentée à tort et à travers, céda, et le Frère laissa voir, non-seulement son cou aux veines saillantes et pleines, mais aussi toute sa poitrine puissamment arquée, nerveuse, velue comme le dos de la hyène des Catalans. A ce spectacle nouveau pour moi, je rougis et ne pus m’empêcher de baisser pudiquement les yeux.
L’ermite rit de plus belle; mais ce rire sans éclat, saccadé, presque bourbeux, m’épouvanta.
—Barnabé! m’écriai-je.
Sa prunelle recouvra quelque lumière.
—Eh bien, quoi? me dit-il.
—Si vous vouliez me le permettre, j’irais me promener un peu avec Baptiste... par là..., pas bien loin.
—Baptiste! bredouilla-t-il. Ah! bien, avec Ba... Baptiste.
—Oui: je ne le fatiguerai pas... Je retournerai ici bientôt.
—Oh! oui... bien... bien.... tôt.