Il décrocha deux autres nids du milieu des branchages, puis de nouveau étouffa les petits entre ses mains.

—Méchant! méchant! m’écriai-je.

Le Frère rit à faire trembler sur ses épaules les coquilles de sa pèlerine de lasting.

—Oui, vous êtes un méchant! continuai-je exaspéré. Je vous en préviens, du reste, si vous persistez à tuer ces chardonnerets qui sont si gentils, au lieu de me les donner pour être apprivoisés dans une cage, je vous dénoncerai à mon oncle, dès son retour.

L’ermite s’amusa de ma fureur enfantine. Pour me narguer, il atteignit un nid de linottes dans un fourré, au-dessus d’un grand chèvrefeuille pourpre, à l’extrémité du plateau. Tant de cruauté me fit perdre la tête.

—Soyez tranquille, Frère de démon, dis-je les dents serrées, mon oncle saura à quelle besogne impie vous employez votre temps à l’ermitage de Saint-Michel.

—Ton oncle se moquera de toi, pétiot.

Il commença à plumer les bestioles.

—Pourvu qu’il ne vous oblige pas à lui restituer votre soutane, qui est à lui, en apprenant que vous vous occupez toujours de chansons avec Braguibus...

J’avais à peine articulé ces mots, que la lourde main de Barnabé s’abattit sur mes épaules. Épouvanté, je jetai les yeux sur lui. Toute sa face, si débonnaire, si joviale, avait soudainement pris un aspect farouche. Sa bouche ricanait, montrant des dents acérées semblables aux crocs de nos chiens-loups, chez les Catalans du Planol.