—Mais elles vous guériront... Je suis bien sûre que si, au lieu d’un morceau de sucre, j’en mettais deux dans votre tasse...
—Non, non, il faut partir, articula mon oncle d’un ton stoïque.
La vieille gouvernante considéra son maître avec une sorte de stupeur.
—Eh bien! partez, puisque ma tête ne sait rien trouver qui vous retienne, dit-elle d’une voix qu’elle essayait de rendre ferme, mais au fond de laquelle on devinait des larmes contenues. Apprenez pourtant que, vous voyant aller en voyage, moi aussi je vas m’encourir à travers routes, comme vous. Vienne Notre-Dame d’août, il y aura vingt-cinq ans que je n’ai bouté pieds hors des Aires, toujours à votre service et à votre soumission. Peut-être serait-il séant, à la fin des fins, d’aller voir un peu si mon pays natal n’a pas changé de place. J’ai enterré presque tous les miens, c’est vérité, et là-haut des tombes tant seulement m’attendent. Néanmoins cela, il me reste un frère encore du côté d’Eric-sous-Caroux...
—Mais, Marianne, si vous partez pour Eric, que deviendra notre enfant, tout seul, à la cure?
Et mon oncle arrêta sur moi des yeux attendris.
—Notre enfant?... notre enfant?...
—Songez que je ne resterai pas moins de vingt jours absent.
—Vingt jours, ciel du bon Dieu, vingt jours! Ah ça! et si vous avez besoin de quelque chose dans ce pays des grandes montagnes? demanda-t-elle avec une vive inquiétude.
—Je n’aurai besoin de rien.