Mon oncle, alors, lui adressa quelques paroles sur la Confrérie des Frères libres de Saint-François. Il rappela que Saint-Michel avait connu des ermites qui non-seulement furent des sujets d’édification pour la paroisse des Aires, mais pour toute la vallée d’Orb. Il anathématisa Barnabé Lavérune, lequel, ayant manqué de donner la mort à Jacques Molinier, de Saint-Gervais, dont la blessure heureusement se trouvait cicatrisée aujourd’hui, en était arrivé à désespérer du ciel et à s’ouvrir de ses propres mains les portes de l’enfer. Enfin il lança la malédiction divine contre le frère Venceslas Labinowski, de Notre-Dame de Cavimont, ce criminel endurci...
«Si ce malheureux, dit-il, est parvenu, par la ruse, à fuir la justice des hommes, il ne réussira pas à éviter le jugement de Dieu.»
Durant cette instruction, Braguibus ne cessa de pleurer à chaudes larmes, et de se frapper la poitrine en répétant: «C’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très-grande faute!...»
—Et Félibien? va me demander le lecteur.
—Félibien Lavérune n’avait eu garde, en apprenant la mort de son père, de demeurer à Moret, «département du Jura.» Il était accouru, avait palpé le magot enfoui sous «le troisième pavé de la sixième rangée;» puis, ayant vendu Baptiste à Braguibus, entiché de l’ermitage de Saint-Michel, était reparti allégrement.
Félibien Lavérune est établi depuis longtemps; il possède un magasin qui laisse bien loin derrière lui, par le luxe de l’étalage et l’abondance des marchandises, la pauvre boutique de M. Briguemal, de Béziers, objet des convoitises de son père l’ermite. La devanture de cet établissement magnifique, qui se développe sur une façade de quinze mètres au moins, est surmontée de cette enseigne triomphante:
AU MOUVEMENT PERPÉTUEL.
Félibien Lavérune, horloger de 1re classe.
—Où donc? où donc?
—A Lyon, cher lecteur, à Lyon, rue Mercière.
—A Lyon! est-ce possible?