—Ce ne sera pas toujours le gendarme que nous avons rencontré tapi dans la haie de la grange de M. Lautrec qui le prendra, intervint M. Anselme Benoît.

—Faut-il être dépourvu de sens et de ruse! s’écria Barnabé; la gendarmerie se porte sur la route d’Hérépian, comme si Venceslas devait aujourd’hui venir à la foire de Bédarieux. C’est à Béziers, à Montpellier, à Marseille, à Toulon, dans les villes où il y a des femmes de méchante conduite, qu’il faut aller traquer ce brigand.

—La misère l’obligera bien à se débarrasser de son butin, reprit mon père. Or, il ne sera pas commode dans nos pays de trouver à vendre un calice, un ostensoir, un saint-ciboire...

—Et les Juifs donc, ces assassins du bon Dieu! interrompit l’ermite de Saint-Michel.

—O Seigneur! soupira mon oncle, qui sait si le saint-ciboire ne contenait pas des hosties? Quelle profanation épouvantable, le corps de Jésus-Christ aux mains de ce scélérat! Peut-on songer à cela sans frémir...

Il se signa dévotement. Ma mère, Barnabé et moi nous l’imitâmes.

—Dois-je servir le café, monsieur? demanda Marion, entr’ouvrant la porte de la cuisine.

—Surtout qu’il soit bien chaud! lui répliqua mon père.