Barnabé qui, à la descente très raide des Treize-Vents, avait laissé Baptiste libre de toute charge, accota sa bête contre la muraille d’une maison, grimpa le long de la barde, et, pour mieux voir, se planta debout sur la cime des orteils.

—Venceslas! Venceslas Labinowski! hurla-t-il, comme fou.

Tous les badauds le regardèrent, niaisement ébahis.

Lui cependant avait remis pied à terre, s’était débarrassé des guides de Baptiste dans mes mains, et s’efforçait contre le flot des curieux, pour arriver plus vite à son ennemi, l’ancien Frère de Cavimont.

—Ah! le brigand! ah! le scélérat! vociférait-il, jouant des coudes et du bourdon.

Mais les carabines et les bicornes approchaient.

Soudain la multitude, qui avait résisté à l’ermite, se fendit d’elle-même, et, dans l’entre-bâillement, les gendarmes apparurent de la tête aux pieds. Ils étaient au nombre de quatre. Au milieu d’eux, marchait, les pas entravés par des cordes et les menottes aux poignets, Venceslas Labinowski.

Bien que sale et affreusement déguenillé, je n’eus aucune peine à reconnaître mon vieul ami de la Grappe-d’Or, à Bédarieux. Il portait, aujourd’hui qu’une tourbe énorme le dévisageait, le front aussi haut qu’autrefois, et ses traits avaient le même air de bravade, d’impertinence et, pourquoi ne pas le dire? de noblesse que je leur avais connu.

—Voleur! voleur! lui cria Barnabé, allongeant vers lui ses bras par un geste de menace.

Venceslas nous regarda. Oh! quels sentiments différents exprimèrent ses yeux, quand ils ne firent qu’effleurer l’ermite de Saint-Michel pour s’arrêter complaisamment sur moi! Je devinai que ce Polonais, bien que tombé aux griffes de la justice, méprisait Barnabé Lavérune et m’aimait encore, moi qui l’avais tant aimé.