M. Martin, sur le modeste vestiaire de Notre-Dame, saisit un carré de toile blanche, première pièce du vêtement compliqué que le prêtre revêt avant de monter à l’autel, et l’offrit au doyen, qui le baisa et se le passa sur les épaules.
Impatient d’être remarqué,—jusqu’ici M. Michelin n’avait pas même abaissé un regard sur moi,—tandis que les vicaires vaquaient à des occupations diverses: se lavaient les mains à la cruche, se rafraîchissaient le front avec leurs mouchoirs tout imbibés, je me faufilai jusque sur le marchepied, où seuls se tenaient debout le curé de Bédarieux et son sacristain, le desservant d’Hérépian.
—Eh bien, mon ami, avez-vous préparé un bon dîner au moins? demanda M. Michelin.
—J’espère que M. le doyen sera satisfait.
—Mon estomac bat la chamade, et je me sens d’un appétit à dévorer des cailloux.
—Vous auriez dû prendre quelque chose avant de quitter Bédarieux.
—C’est vrai. Un instant, j’ai eu l’idée, redoutant de ne pouvoir rester à jeun jusqu’à midi, de me décharger sur un de mes vicaires de la messe de Cavimont. Puis je n’ai pas osé. C’est moi qui célèbre cette messe tous les ans, et mon abstention eût produit un effet déplorable.
—Ah! c’est qu’aussi il n’est pas d’ecclésiastique dans le diocèse qui s’entende comme M. le doyen à donner de la pompe à nos cérémonies.
—Vous êtes trop aimable... Passez-moi le cordon.
Avant que M. Martin eût pu le saisir, je m’étais précipité et avais happé le cordon de coton blanc à pompons que le prêtre se noue par-dessus l’aube. Un genou en terre, je le tendis à M. le curé de Bédarieux, qui le prit et ne me regarda point. Il se retourna vers M. Martin.