Il le débarrassa des paniers, de la barde, de la bride, puis, lui montrant de l’herbe fraîche, de l’autre côté du chemin:

—La terre, avant d’appartenir aux hommes, appartient au bon Dieu et aux bêtes qu’il a créées. Va paître, mon Baptiston, va paître. Les oiseaux picorent bien dans le jardin d’un évêque, pardi!

Et il lâcha l’âne à travers la prairie de M. Étienne Baticol.

—Allons, pétiot, reprit-il, revenons aux bouteilles!

Nous fîmes plusieurs voyages à la cave. J’étais très content. Barnabé, dont les idées aussi inclinaient désormais à la gaieté, remontant et redescendant l’escalier, chantait à tue-tête:

«In exitu Israël de Œgypto...»

Nous reparaissions pour la cinquième fois dans le vestibule et nous saisissions les derniers litres, lorsque, les comptant, le Frère constata qu’il en manquait un.

—Ah! ce brigand de Pigassou! s’écria-t-il.

Il s’élança dans la basse-cour, et, d’un élan brusque, enlaça l’ermite de Saint-Raphaël. Hélas! l’alarme avait été donnée trop tard: la bouteille dérobée glougloutait déjà aux lèvres de Barthélemy Pigassou, qui la vidait dans un recueillement béat. Barnabé la lui arracha de haute lutte.

—Tu es donc un païen de l’enfer! lui dit-il, furieux et le menaçant.