—En avant, Baptiston! lui cria le Frère.
Comme la bête, docile à la voix de son maître, engageait ses quatre sabots dans l’Orb, Barnabé s’éclipsa.
La traversée se fit sans encombre. Baptiste choisit intelligemment ses pas sur les rochers durs, dans le sable mouvant, parmi les cailloux moussus, et nous touchâmes au chemin creux, enfoui entre deux murailles de hauts églantiers, qui conduit droit à la prairie de M. Etienne Baticol.
En ce moment, de grands déchirements se firent dans les lourdes vapeurs matinales; par ces trouées, un jour doux et tiède tomba sur nous. Baptiste, enchanté d’y voir clair une fois pour toutes, se prit à chanter de contentement; quant à moi, j’étais pleinement heureux: par-dessus le foin menu qui enveloppait les bouteilles de vin de Maraussan et les empêchait de cliqueter entre elles, je venais d’apercevoir, enveloppés dans un mouchoir de cotonnade à carreaux, ma soutanelle rouge, mon surplis, ma calotte de cardinal. Quelques boutons de soie brillaient aux ouvertures du linge comme autant de cerises mûres. Serais-je beau tout à l’heure à Notre-Dame de Cavimont, quand je précéderais vers l’autel M. le curé-doyen de Bédarieux!
Ce qui portait ma joie au comble, c’était que mon pantalon n’était point trop endommagé. Une simple éraflure à la hanche gauche. Bah! sous la soutanelle...
—Eh bien! eh bien! c’est donc la vie éternelle, ce chemin? me cria soudainement la voix de Barnabé.
En proie à des rêveries délicieuses, bercé par la perspective d’un bonheur inouï, je ne m’étais pas aperçu que Baptiste s’était arrêté et broutait en paix les églantiers de M. Etienne Baticol. Je ramenai vivement les rênes qui ballaient au cou de ma bête, et nous entrâmes dans le bourg.