—Prenez garde, monsieur le curé, vous êtes atteint d’une affection de la gorge qui, pour le moment, n’offre rien de grave, je le crois, mais qui vous condamne à de grands ménagements...
—Pourtant, mon ami..., hasarda le pauvre saint homme, pris brusquement d’une légère toux.
—Vous voyez... vous voyez, s’écria le docteur, voilà une quinte! Quand je vous le disais!... Taisez-vous, je vous en prie, et au besoin je vous l’ordonne... Barnabé parlera pour vous. Il n’a pas la langue trop mal pendue, notre Frère... Allons, Barnabé!
L’ermite leva sur l’assistance une face radieuse. Heureux de saisir la balle au bond, avant d’avaler le morceau qui lui emplissait la bouche:
—Tous, ici, vous connaissez mon fils Félibien Lavérune? barbouilla-t-il.
—Nous le connaissons, répondirent mon père et M. Anselme Benoît.
—Comme vous le savez, il est dans les horlogeries, et travaille présentement à Moret, département du Jura, un pays aussi loin des Aires que Pâques est loin de la Trinité. S’il vous faut son adresse, il demeure rue des Balances, vis-à-vis M. Pincedos, bourrelier...
—Eh! que nous fait votre fils! interrompit M. Anselme Benoît, prêt à se fâcher. Parlez-nous de Venceslas Labinowski et laissez à tous les diables Félibien Lavérune avec son bourrelier.
—Figurez-vous donc, poursuivit Barnabé, difficile à intimider, figurez-vous donc que, toutes les fois que je vais à Béziers,—ce qui m’arrive de cent en quarante, car les quêtes ne rapportent pas un fétu de ce côté-là,—je n’en reviens jamais sans être allé boire un coup chez M. Briguemal, horloger dans la rue Française. Pensez, c’est là que Félibien apprit son métier; puis ce sont des gens si bien éduqués, ces Briguemal! Madame Briguemal porte au cou une chaîne en or, en or fin, s’il vous plaît, qui pèse au moins une demi-livre... Pour lors, voici qu’avant-hier, vers les onze heures du soir, après avoir mis à sec, de compagnie avec M. Briguemal, trois bouteilles de vin blanc de Maraussan...