—Ah! vous voulez me dépouiller, vous autres! s’écria-t-elle furieuse et labourant la grave de son bâton. Vous ne vous êtes pas levés assez matin, les amis, pour m’arracher la chemise de sur les os. Si mes oseraies vous font envie, moi, je les garde. M’entendez-vous, Simon Garidel? C’est vrai, j’étais un peu sur les ans quand j’épousai mon homme, mais je lui apportai tout, tout, le pain, le vin; et ce que je reçus de mes parents au baptême, je le conserverai jusqu’au suaire par amour pour mes parents défunts...

—Mais Combale..., interrompit le père de Simonnet.

—Allez, allez, bâtissez des plans. Moi, je suis sûre, avec mes ongles et mes dents, de venir facilement à bout de toutes vos manigances. Est-ce une raison, parce qu’on a une fille qui marche sur ses dix-huit ans, de se mettre à son dernier sou?

—Alors, Liette ne se mariera point? demanda M. Combal d’un ton où perçait je ne sais quel emportement contenu.

—Elle est donc bien malheureuse à la maison, notre pauvre fille! Que lui manque-t-il à cette mijaurée, qui boit, mange, batifole, ne fait œuvre de ses dix doigts de la journée, et n’a pas l’air de se douter que toute créature en ce monde doit travailler pour se nourrir?

—Eh bien! si tu ne veux pas que notre Liette se marie, je le veux, moi! s’écria M. le maire d’une voix ferme.

La Combale était peu habituée aux coups d’autorité de son mari. Elle hocha la tête orgueilleusement, et, le regardant avec une curiosité aussi dédaigneuse qu’insultante:

—Toi, mon homme, toi! se contenta-t-elle de dire.

Ses lèvres minces se contractèrent, ses dents longues apparurent, et un rire amer, rauque, diabolique, cingla M. le maire à la face comme un coup de fouet.