—Parce qu’elle a dans l’idée de me marier avec quelqu’un de plus riche.

—Et toi, qu’est-ce que tu as dans l’idée, Liette?

—Moi, je trouve Simonnet Garidel très gentil. As-tu remarqué comme il est fort? Et puis si tu savais quel bon cœur est le sien!

Une petite femme, se soutenant sur un bâton, pointa à l’un des détours du sentier.

—Jésus-Seigneur! dépêchons-nous, dit Juliette; voilà ma mère!

C’était la Combale, en effet. En nous apercevant, elle doubla le pas, et bientôt je distinguai ses traits maigres, jaunis, parcheminés, éclairés par je ne sais quelle lueur d’atroce méchanceté.

—A la fin des fins, te voilà, notre fille! s’écria-t-elle, quand nous fûmes à portée de sa voix. Qu’as-tu fait à la maison, je te prie, depuis tantôt trois heures que tu nous as quittés à la rivière? Ah! tu n’aimes guère trimer, toi, et tu laisses volontiers les autres se rôtir au soleil. Ciel du paradis! il te faut plus de temps pour mettre du caillé dans des faisselles qu’à M. le curé, le dimanche, pour dire la messe et débiter le prône... Et toi, marjolet, où t’en vas-tu de ce pas délibéré? me demanda-t-elle, m’apostrophant à mon tour.

—J’allais par la montagne avec Baptiste, balbutiai-je... Puis Baptiste a eu faim, et je l’ai mené dans votre écurie...

—C’est ça, c’est bien ça, Dieu me pardonne! il me faudra nourrir l’âne du Frère de Saint-Michel. A ce qu’il me semble, tu es né avec les mains ouvertes, toi, pour gaspiller le bien du prochain. Tu crois donc, parce que tu es le neveu de M. le curé, que tout t’appartient en ma maison et que tu as le droit de rassasier ton bidet avec l’esparcette de mes prairies? Est-ce toi, freluquet, qui payeras mes faucheurs, quand ces hommes viendront couper mes herbes? J’ai des mulets pour dépêcher mes foins, et je n’ai nullement besoin de l’âne de Barnabé. Va détacher ta bête de mon râtelier, et vivement je te prie!

—Mais, Combale, murmurai-je ébaubi de l’algarade, Liette m’avait dit que vous me laisseriez goûter avec vous...