Ces cinq mots ne furent qu’un cri. Le jeune homme s’était mis debout, comme piqué par un aiguillon qui l’eût atteint au cœur. Je ne sais quelle flamme subite avait envahi son visage, mais il était devenu écarlate. Ses yeux, jusque-là mornes, sans expression, pétillaient de vie, et ses cheveux, secoués par une tempête intérieure, se tenaient droit sur son front. J’eus peur.
—A la bonne heure! je retrouve enfin un homme! lui dit Barnabé, lequel, effrayé peut-être aussi de cette explosion inattendue, avait brusquement quitté sa place et caressait de tapettes amicales les épaules de Simonnet... A présent, que vas-tu faire, mon fillot? lui demanda-t-il d’une voix plus douce qu’on ne devait s’y attendre après tant de verres de faugères.
—Tout! répondit-il.
—Tout, excepté des sottises, je pense, intervint Braguibus.
—Je préfère encore m’adonner aux dernières sottises que de perdre Liette et puis mourir.
L’ermite et le musicien se regardèrent stupéfiés. A force d’exciter la bête, ils lui avaient mis le mors aux dents, et maintenant, ils redoutaient de ne pouvoir plus l’arrêter.
Le Frère, dont de trop fréquentes libations avaient allumé le cerveau et qui venait de tituber en faisant quatre pas vers Simonnet, se tenait maintenant ferme sur ses jambes, totalement dégrisé. Il se tourna soudain vers moi.
—Pétiot, me dit-il, la nuit est avancée; gagne ton lit et dors-y les poings fermés. Moi, j’ai affaire du côté de Cavimont pour nettoyer l’ermitage. Attends-moi tranquillement.
Il prit un bras à Simonnet et l’entraîna vers la porte. Braguibus eut un saut de carpe.
Ils disparurent dans les ténèbres.