Et toute la troupe se remettait en route. De temps en temps on regardait Scipio, qui marchait près de moi.
« Vous avez un beau chien, faisait Hans Aden, c’est un chien français ; ils ont de la laine comme les moutons et se laissent tondre sans rien dire. »
Frantz Sépel soutenait qu’il avait vu l’année précédente, à la foire de Kaiserslautern, un chien français avec des lunettes et qui comptait sur un tambour jusqu’à cent. Il devinait aussi toutes sortes de choses, et la grand-mère Anne pensait que ce devait être un sorcier.
Scipio, pendant ces discours, s’arrêtait et nous regardait. J’étais tout fier de lui. Le petit Karl, le fils du tisserand, disait que si c’était un sorcier, il pourrait nous faire avoir une schlitte, mais qu’il faudrait lui donner son âme en échange, et pas un de nous ne voulait lui donner son âme.
Nous allions donc ainsi, de maison en maison, et deux heures sonnaient à l’église, lorsque M. Richter passa sur son traîneau, en criant à sa grande bique décharnée :
« Allez, Charlotte, allez ! »
La pauvre bête allongeait ses hanches, et M. Richter contre son ordinaire, paraissait tout joyeux. En passant devant la maison du boucher Sépel, il cria :
« Bonne nouvelle, Sépel, bonne nouvelle ! »
Il faisait claquer son fouet, et Hans Aden dit :
« M. Richter est un peu gris ; il aura trouvé quelque part du vin qui ne lui coûtait rien. »