Devant l’auberge des Deux-Clefs, dont les fenêtres brillaient au milieu de la nuit, je fis halte. Le tumulte des buveurs me rassurait ; je regardai, par le petit vasistas ouvert, dans la salle où bourdonnaient un grand nombre de voix, et je vis Koffel, le mauser, M. Richter et bien d’autres, assis le long des tables de sapin, le dos courbé, le coude en avant, en face des cruches et des gobelets.

La figure anguleuse de M. Richter, avec sa veste de chasse et sa casquette de cuir bouilli, gesticulait sous le quinquet, dans la fumée grisâtre :

« Voilà ces fameux Républicains, disait-il, ces hommes terribles qui devaient bouleverser le monde, et que l’ombre glorieuse du feld-maréchal Wurmser suffit pour disperser. Vous les avez vus plier les reins, et allonger les jambes ! Combien de fois ne vous ai-je pas dit que toutes leurs grandes entreprises finiraient par une débâcle ? Mauser, Koffel, l’ai-je dit ?

— Eh, oui, vous l’avez dit ! répondit le mauser, mais ce n’est pas une raison pour crier si fort. Voyons, monsieur Richter, asseyez-vous et faites venir une bouteille de vin ; Koffel et moi nous avons payé chacun la nôtre. Voilà le principal. »

M. Richter s’assit, et moi je m’en allai chez nous. Il pouvait être alors sept heures ; l’allée était balayée, les vitres remises. J’entrai d’abord dans la cuisine, et Lisbeth, en me voyant s’écria :

« Ah ! le voici ! »

Elle ouvrit la porte de la chambre en disant plus bas :

« Monsieur le docteur, l’enfant est là.

— C’est bon, dit l’oncle assis à table, qu’il entre. »

Et comme j’allais parler haut :