Koffel venait d’allumer le feu, qui pétillait dans le poêle ; l’oncle avait déployé sa trousse sur la table ; le mauser attendait, regardant ces mille petits couteaux reluire.
L’oncle prit une sonde et s’approcha du lit, écartant les rideaux ; le mauser et Koffel le suivaient. Alors une grande curiosité me poussa et j’allai voir : la lumière de la chandelle remplissait toute l’alcôve ; la femme était nue jusqu’à la ceinture, l’oncle venait de lui découper ses vêtements ; Koffel, avec une grosse éponge, lui lavait la poitrine et les seins couverts d’un sang noir. Le chien regardait toujours, il ne bougeait pas. Lisbeth était aussi revenue dans la chambre ; elle me tenait par la main et marmottait je ne sais quelle prière. Dans l’alcôve, personne ne parlait, et l’oncle, entendant la vieille servante, lui cria, vraiment fâché :
« Veux-tu bien te taire, vieille folle ! Allons, mauser, allons, relevez le bras.
— Une belle créature, dit le mauser, et bien jeune encore.
— Comme elle est pâle ! » fit Koffel.
Je me rapprochai davantage, et je vis la femme blanche comme la neige, les seins droits, la tête rejetée en arrière, ses cheveux noirs déroulés. Le mauser lui tenait le bras en l’air, et au-dessous, entre le sein et l’aisselle, apparaissait une ouverture bleuâtre d’où coulaient quelques gouttes de sang. L’oncle Jacob, les lèvres serrées, sondait cette blessure ; la sonde ne pouvait entrer. En ce moment je devins tellement attentif, n’ayant jamais rien vu de pareil, que toute mon âme était au fond de cette alcôve, et j’entendis l’oncle murmurer : « C’est étrange ! »
Au même instant la femme exhala un long soupir, et le chien, qui s’était tu jusqu’alors, se prit à pleurer d’une voix si lamentable et si douce, qu’on aurait dit un être humain ; les cheveux m’en dressaient sur la tête. Le mauser s’écria :
« Tais-toi ! »
Le chien se tut, et l’oncle dit :
« Relevez donc le bras, mauser ; Koffel, passez ici et soutenez le corps. »