« Prends Marc et l’amène avec toi[197]. »
[197] II Tim. IV, 9-11.
Marc, d’après ce langage de Paul, demeura longtemps un subalterne, « un auxiliaire[198] », le secrétaire de l’évêque qu’il accompagne en ses voyages, mais un secrétaire humble, intelligent et saint, digne de consigner avec fidélité l’Évangile que Pierre lui confia.
[198] Actes XIII, 5.
A quoi bon s’attarder sur cet incident ou s’enquérir pourquoi Paul et Barnabé ne s’arrêtèrent pas en Pamphylie ? Ils auraient pu y faire des disciples. Le Christ n’était pas inconnu dans cette région. Le jour où les langues de feu descendirent, après la première homélie des Douze, parmi ceux qui crurent, il y avait, à côté d’Égyptiens, des Pamphyliens[199], des Juifs du moins habitant la Pamphylie. Elle logeait un amalgame de races et de religions. Les Ciliciens, descendants ou continuateurs de pirates, y voisinaient avec des montagnards du Taurus, plus ou moins fils de brigands. Des trafiquants de tous pays s’y donnaient rendez-vous. Les Apôtres, dans cette masse confuse, avaient chance de susciter les éléments d’une église. Mais d’autres, c’est probable, avant eux, l’avaient fondée ; et surtout Paul était impatient de porter la foi à ceux qui semblaient le plus loin d’elle.
[199] Actes II, 10.
Ses compagnons et lui s’engagèrent — peut-être à la suite d’une caravane — dans la montagne pleine de torrents, de mauvais pas et d’embuscades.
Aujourd’hui encore les routes du Taurus gardent une sauvagerie inquiétante, brisées en lacets rapides, se précipitant au-dessus d’abîmes, rebondissant entre des murailles perpendiculaires qui, par endroits, veulent se toucher. Des pitons, aiguisés en cônes, se laissent entrevoir à l’infini derrière d’autres pitons. On conçoit que, dans ces repaires, même après la conquête romaine, des bandes pillardes se soient maintenues, inexpugnables.
Paul et Barnabé y passèrent sans encombre, et parvinrent, au nord de deux lacs bleus, à Antioche de Pisidie, ville grecque, devenue colonie de l’Empire, et centre d’une puissante juiverie.
Le jour du sabbat, au moment de l’office, les Apôtres entrèrent dans la synagogue. Ils s’assirent, comme deux étrangers discrets, sur l’un des bancs, contre le mur, au fond de la salle.