Page 118. — [R] Ce mot, on le connaît. Mme de Staël lui demandant quelle était, à ses yeux, la femme la plus remarquable : « Celle, répondit-il, qui fait le plus d’enfants. » Qu’on me permette d’en rappeler ici un autre, encore plus expressif et moral — oui, moral ! — mais infiniment plus grossier, bien que celui qui l’a prononcé n’ait jamais passé pour un malotru, ni pour un misogyne, ni pour un tyran. Une dame, féministe et mûre, énumérait à Renoir les qualités qui rendaient, à son sens, la femme supérieure à l’homme : le désintéressement, l’esprit de sacrifice, la bonté, la générosité, l’énergie, la moralité, la franchise, le caractère, l’intelligence, le génie… « Et un beau c…l », conclut Renoir.
Page 133. — [S] « Chateaubriand a reçu de la nature le feu sacré… Son style est celui du prophète. »
Page 165. — [T] Et aussi : « Étouffer la presse est absurde. Je suis convaincu sur cet article. »
Page 171. — [U] Et ailleurs : « C’est l’esprit civil, et non la force militaire qui gouverne, et même qui commande. Le calcul ?… La connaissance des hommes ?… L’éloquence ?… Qualités civiles. »
Page 173. — [V] Et encore : « Il ne faut pas que le chef de l’État soit chef de parti. »
Page 186. — [W] Lettre à son frère Jérôme, roi de Westphalie : « Ce que désirent avec impatience les peuples d’Allemagne, c’est que les individus qui ne sont point nobles et qui ont des talents, aient un égal droit à votre considération et aux emplois ; c’est que toute espèce de servage et de liens intermédiaires entre le souverain et la dernière classe du peuple soit entièrement abolie. Les bienfaits du Code Napoléon, la publication des procédures, l’établissement des jurys seront autant de caractères distinctifs de votre monarchie ; et s’il faut vous dire ma pensée tout entière, je compte plus sur leurs effets pour l’extension et l’affermissement de cette monarchie, que sur le résultat des plus grandes victoires. Il faut que vos peuples jouissent d’une liberté, d’une égalité, d’un bien-être inconnus aux autres peuples de la Germanie, et que ce gouvernement libéral produise d’une manière ou d’une autre les changements les plus salutaires au système de la confédération et à la puissance de votre monarchie. Cette manière de gouverner sera une barrière plus puissante pour vous séparer de la Prusse que l’Elbe, les places fortes et la protection de la France. Quel peuple voudra retourner sous le gouvernement arbitraire prussien, quand il aura goûté les bienfaits d’une administration sage et libérale ? Les peuples d’Allemagne, ceux de France, d’Italie, d’Espagne, désirent l’égalité et veulent des idées libérales… Voilà bien des années que je mène les affaires de l’Europe, et j’ai eu lieu de me convaincre que le bourdonnement des privilégiés était contraire à l’opinion générale. Soyez roi constitutionnel… »
« On compte en Europe, dit-il plus tard, bien qu’épars, plus de trente millions de Français, quinze millions d’Espagnols, quinze millions d’Italiens, trente millions d’Allemands… j’eusse voulu faire de chacun de ces peuples un seul et même corps de nation… C’est dans cet état de choses qu’on eût trouvé le plus de chances d’amener partout l’unité des Codes, celle des principes, des opinions, des sentiments, des vues et des intérêts… Alors… peut-être devenait-il permis de rêver, pour la grande famille européenne, l’application du Congrès américain, où celle des Amphictyons de la Grèce… et quelle perspective, alors, de force, de grandeur, de jouissances, de prospérité !… » Pour les Français, dit-il, la chose est faite… Pour L’Espagne : « L’agglomération de quinze millions d’Espagnols était à peu près faite… Comme je n’ai point soumis les Espagnols on raisonnera désormais comme s’ils eussent été insoumettables »… Pour l’Italie : « Il me fallait vingt ans pour rétablir la nation italienne… L’agglomération des Allemands demandait plus de lenteur, aussi n’avais-je fait que simplifier leur monstrueuse complication… Quoi qu’il en soit, cette agglomération arrivera tôt ou tard par la force des choses : l’impulsion est donnée, et je ne pense pas qu’après ma chute et la disparition de mon système, il y ait en Europe d’autre grand équilibre possible que l’agglomération et la confédération des grands peuples. »
Page 187. — [X] « Grâce au génie de l’Empereur, disait Laplace, l’Europe entière ne formera bientôt plus qu’une immense famille, unie par une même religion et le même code de lois. »
Page 194. — [Y] Voici ce qu’il a dit lui-même de l’Histoire, et de la façon de l’écrire. Je ne crois pas qu’on ait jamais parlé avec plus de tact psychologique des mobiles secrets qui déterminent, dans l’intention des hommes, les événements historiques et nous rendent l’Histoire, de ce fait, à demi inintelligible :
« Cette vérité historique, tant implorée, à laquelle chacun s’empresse d’en appeler, n’est trop souvent qu’un mot : elle est impossible au moment même des événements, dans la chaleur des passions croisées ; et si, plus tard, on demeure d’accord, c’est que les intéressés, les contradicteurs ne sont plus. Mais qu’est alors cette vérité historique, la plupart du temps ? Une fable convenue, ainsi qu’on l’a dit fort ingénieusement.