Pierre entra.
La chambre était noire, avec ses volets clos et ses rideaux baissés, comme au matin, quand il se réveillait et contemplait longtemps Jeanne endormie à son côté; la même lueur se filtrait sous les draperies. Le lit dressait dans l'ombre un mausolée de pierre grise. Il y vint et s'agenouilla: devant l'autel ou devant la tombe? Au moment de se relever, il baisa le pan du couvre-lit. Il aimait, il souffrait, et ne pouvait plus maudire personne.
Il voulait emporter une chose de là, mais il ne voulut pas se le permettre.
La caveau de sa vie! Avant de le quitter, il se retourna, et sur la table brune aperçut la tache blanche que faisait la lettre de Jeanne; il la devina et la saisit. Elle fleurait un parfum d'iris: il allait la décacheter et se ravisa, afin de se conserver pour l'avenir une heure de chagrin qui rappellerait le bonheur.
Il descendit les marches et se jeta dans la voiture, étranglant à sa gorge les spasmes de sanglots qui lui secouaient la poitrine.
Les roues, en s'ébranlant, l'ébranlèrent tout entier. «Fini!»
On s'arrêta à la grille du parc, que Desreynes ferma à triple tour; la clef grinçait dans la serrure, avec un bruit de fer rouillé, bruit strident, aigu, cri de douleur: «Tout est fini.»
Les gens rangés attendaient le départ: et, bien que leur bassesse l'eût plus d'une fois torturé, hier et la veille, Pierre les dévisageait, l'un après l'autre, curieusement, avec une sorte d'affection, une faim de cœur, comme s'ils eussent fait partie d'elle pour l'avoir approchée et connue, et cherchait leurs yeux avec envie, car leurs yeux l'avaient vue, et c'étaient les derniers où il pourrait encore rencontrer le souvenir de son image!
On partit.
Un valet gouailleur siffla derrière eux le Carillon de Dunkerque.