— Je viens vous demander compte, non pas de ma confiance trahie, mais de la honte et du trouble que vous nous avez apportés.

Alors elle m’accabla de tout ce qu’une femme outragée dans ses sentiments de vertu et d’honneur peut trouver de méprisant et de sévère pour celle qui les a oubliés.

Je l’écoutais haletante, les bras croisés sur ma poitrine, afin d’en comprimer les battements, prête à chaque instant à répondre par des défis à ses accusations, et pourtant ne l’osant pas.

Tout d’un coup, sa voix s’abaissa :

— Ce que vous ne saviez peut-être pas, Thérèse, c’est que je l’aimais.

J’eus un moment d’égarement. Qui donc osait me faire en face un pareil aveu ?... Robert ! c’était mon bien, c’était ma vie, nulle que moi n’avait le droit de l’aimer !

Je sentais un frémissement me parcourir tout entière et le sang battre violemment à mes tempes... Mes lèvres tremblantes ne pouvaient articuler aucun son, mes yeux cherchèrent les siens, j’aurais voulu l’anéantir d’un regard. Mais elle parlait toujours, et chaque mot qu’elle prononçait, révélant l’amour à la fois innocent et passionné qui remplissait son cœur, me causait une souffrance. Elle l’aimait ! c’était l’écroulement de tout ce qui faisait à mes yeux mon excuse et ma justification. J’eus honte alors et, courbant la tête, je cachai mon visage dans mes mains.

Je n’avais rien deviné, rien pressenti, mon aveuglement avait été semblable au sien, et dans cette enfant rêveuse et timide je n’avais pas entendu battre le cœur de la femme.

Elle se tut et demeura un instant comme plongée dans une sombre rêverie, on n’entendait aucun son, la nature elle-même était muette. Je ne sais combien de temps nous demeurâmes ainsi. Soudain le soupçon du but de cet aveu traversa mon repentir naissant, je relevai ma tête courbée. La table nous séparait, j’y appuyai mes deux mains et, me penchant vers elle :

— Vous venez me le redemander ? mais il est trop tard maintenant. N’espérez pas que je vous le rende, car moi aussi je l’aime et d’un amour !...