Comme ils hésitent, je tire dans les pattes du métèque qui voulait jouer à la guerre avec moi sur la falaise. Aussitôt les autres obtempèrent et lèvent leurs jolies mains.

— Et maintenant, ne bougez plus, leur conseillé-je.

*

Ça ne dure pas trop longtemps. Bientôt les flics s’amènent avec du matériel de camping. La statue de bronze est tombée au milieu de la chaussée. Les badauds ont trouvé mon S.O.S. et ont téléphoné à Police-Secours. Je peux laisser tomber la pose… Je commençais à prendre des fourmis dans l’épaule, à force de brandir le soufflant du gros Tom. Pendant qu’on embarque ces jolis cocos et que les pompelards arrivent pour éteindre le début d’incendie, je demande à un agent de me prêter sa pèlerine. Je suis tellement bien constitué que si je sortais en slip dans la rue la circulation serait aussitôt interrompue.

Ainsi accoutré, je me fais conduire à la Sûreté où je retrouve Favelli et Baudron.

Ces bons amis se rongeaient les ongles en se demandant ce que j’étais devenu. Pour énième fois, je suis obligé de relater mes aventures. Ils m’écoutent religieusement. À leurs yeux, le père Noël est un petit rigolo, comparé à San Antonio.

Le chef de la Sûreté fait son entrée. Quelqu’un l’a déjà prévenu de mon retour et il n’a pas eu la patience de m’envoyer chercher. Il appelle tous ses sous-officiers et leur dit de me regarder et d’aller chanter mes louanges à travers l’univers. En attendant, il m’invite à un gueuleton terrible pour fêter, ce soir, mon éclatante victoire.

Je lui dis que c’est d’accord, à la condition qu’il me trouve des vêtements. Je lui fais remarquer qu’à la cadence de deux complets par jour, il faudra que le ministère de l’Intérieur vote des crédits spéciaux pour m’habiller.

Tout le monde est de bonne humeur et me tape sur l’épaule.

Je savoure les congratulations avec la nonchalance d’un gladiateur qui viendrait de nouer les pattes à une douzaine de lions affamés.