— Vous préférez San Antonio ?

Je ne réponds rien, je la regarde, et c’est un spectacle aussi saisissant que le mont Blanc !

J’allonge mon bras valide en direction du fauteuil, en priant les Dieux qu’il soit assez long pour attraper celui de Julia. Les Dieux m’exaucent. Je saisis une manche à l’intérieur de laquelle se trouve le plus beau bras du monde. Je le tire à moi, le reste suit.

Je ne sais comment la chose se produit, mais en moins de temps qu’il n’en faut pour dire bonjour à sa belle-mère, je sens deux lèvres tièdes sur les miennes.

Je vous le répète : des gosselines, j’en ai connu des paquets, et si toutes celles à qui j’ai fait le grand jeu venaient se faire offrir l’apéritif, il faudrait mobiliser tous les garçons de café de Paris pour les servir ; mais pour celle-ci, c’est différent. Je reçois la grande secousse et je comprends enfin ce que c’est que le coup de foudre.

Nous échangeons quelques phrases immortelles, après quoi le bon sens reprend le dessus et nous décidons d’aller déjeuner dans un des salons de l’hôtel. Je réclame du café bien noir avec des toasts et un jus d’orange. Croyez-moi, buvez des jus d’orange à jeun si vous voulez conserver l’estomac à la hauteur de votre cerveau. Car vous n’ignorez pas que tout se tient dans cette fichue machine à deux pattes qu’on appelle l’individu.

Exemple, voyez le cas d’un pauvre diable qui souffre de l’estomac. Il fait une tête épouvantable, il est triste, amer, méchant, il ne s’intéresse à rien d’autre qu’à son mal. Il est tout juste bon à faire un croque-mort. Pour mener la vie qui est la mienne, il faut éviter ces troubles idiots qui ont cependant leur importance.

*

Nous sommes dans une petite pièce discrète et nous faisons la dînette. Je suis joyeux comme un gosse, tout me ravit : les grandes tasses bleues, le papier jaune de la tapisserie, les bas pain-brûlé de Julia.

Ce café est extra. Le gérant de l’hôtel doit s’approvisionner directement au Brésil.