— Oui, ma tendre amie, c’est du tordu pour toi. Avec tout le pognon que tu as engagé pour fréter cette expédition, tu aurais mieux fait de t’acheter une épicerie fine et de vendre honnêtement du pain d’épices et des bouteilles de Marie Brizard pendant que tu es assez belle pour attirer le client. Fais-toi une raison. En somme, ç’aurait pu être plus moche.

Elle me toise méchamment.

— Que veux-tu dire ?

— Ceci, il me manque le code que vous-même recherchiez, il n’a pas grande importance en lui-même, mais le gouvernement français préférerait qu’il ne traîne pas n’importe où. Donnez-moi des tuyaux sur la façon de le récupérer et j’oublie vos sales combines ; sinon, je vous fais tous arrêter et si vous ne connaissez pas les geôles italiennes, vous en saurez long sur la question d’ici peu de temps.

Le Billy part d’un grand rire.

— Sans blague, tu te crois où, dis, poulet ? Qui c’est qu’est au bout de mon pétard ?

— Il a raison, remarque Else, tu te prends trop pour un caïd, San Antonio. Tu devrais comprendre, avec ta psychologie coutumière, qu’une femme déçue aime à se venger. Tu m’as tué trois hommes, tu as fait échouer une entreprise qui, comme tu le fais remarquer, m’a coûté beaucoup de temps, de patience et de fric. Tout ce qui me reste, c’est la satisfaction de me payer sur ta peau. Et je ne vais pas m’en priver. Pour commencer, on va faire des trucs pas drôles à cette fille pour laquelle tu m’as l’air d’avoir un fameux béguin ; ensuite ce sera ton tour et tu t’apercevras que tout ce que tu as lu sur les méfaits de la Gestapo, ce n’était que de la littérature rose comparativement à ce que tu subiras.

À ce moment, j’éternue et je fais le type embêté parce qu’il a besoin de se moucher ; je fouille dans ma poche comme pour chercher mon tire-gomme. Ces préparatifs afin que le geste de mettre ma main à cet endroit ait l’air naturel.

Il est, à mon avis, grand temps d’essayer quelque chose. Je croise les jambes afin de remonter le canon de mon pistolet. Je vais tirer au jugé, à travers mes fringues, sur Billy, puisque c’est lui qui tient un pétard. Je calcule bien. Je ne veux pas le buter parce que je n’aime pas liquider un type en douce. Je vais essayer de l’avoir à l’épaule. Doucement, je relève le cran de sûreté. Je presse sur la détente.

Ça ne fait pas un gros bruit, les assistants sont éberlués de voir Billy se renverser en hurlant.