— Parfaitement, monsieur.
— Alors, qu’est-ce que c’est que de la baccala?
— De la morue salée.
Je commande des spaghetti et des rognons à la milanaise, parce que, en ce qui concerne ces plats, je sais de quoi il retourne. Je me rattraperai sur la pâtisserie qui est excellente de l’autre côté des Alpes.
Je m’alimente tranquillement. Pour l’instant, Tacaba a disparu. Peut-être que ça lui a donné faim de me voir lire le menu et qu’il est allé s’acheter un sandwich. Peut-être aussi qu’il me prépare un petit récital de Luger qui ne sera pas dans une musette. Il paraît que ce brave cœur peut, à cinquante pas, enlever l’oreille d’un type, sans même déranger ses favoris. Quoi qu’il en soit, je m’expédie mes spaghetti franco de port et d’emballage… Félicie m’ayant toujours enseigné que se remplir convenablement l’estomac est une des plus belles obligations humaines.
Le chianti n’est pas mauvais. Celui-ci a un petit goût de pierre chaude pas désagréable du tout. J’en boirais une pleine citerne sans m’en rendre compte. Je liquide ma fiashe afin de pouvoir examiner l’étiquette du fond tout à mon aise ; après quoi je déguste une tranche napolitaine extra et j’allume un cigare à peine moins gros que la colonne Vendôme.
Comme ça la vie est au poil, et le gars qui viendrait me soustraire à ma béatitude pour me dire le contraire serait aussi bien reçu qu’un encaisseur du gaz qui sonnerait à la porte d’un monsieur en train d’expliquer à sa fiancée les rudiments de la vie conjugale.
Vous comprenez ?
Bon.
Il va être bientôt neuf heures et il y a toujours autant de peuple sous les arcades. Je ne me lasse pas de contempler le va-et-vient ; tous ces visages, toutes ces nippes colorées composent une sarabande qui, la fatigue du voyage aidant, m’envoûte littéralement.