— Ah oui…, balbutie poliment Petit Louis.
La beauté dissipée de sa mère est une vieille légende à laquelle il ne peut pas croire.
Le vieux rêve tout haut :
— Elle avait des dents blanches et des cheveux frisés et puis un sourire merveilleux…
— Ce qu’on devient, murmure tristement la mère.
— Oui, reprend le père, la beauté fait comme l’oiseau de tout à l’heure, elle danse un peu et s’envole ailleurs. Il ne doit pas y en avoir assez pour tout le monde sans doute…
Il renifle du côté de la croisée et dit d’une voix ancienne :
— Le dimanche ne ressemblait pas aux dimanches de notre époque. On ne s’ennuyait jamais. On allait se promener du côté du kiosque à musique, les hommes portaient des canotiers, les femmes avaient beaucoup plus de formes, les musiciens possédaient tous une belle moustache et jouaient des airs qui vous faisaient taper du pied. Je ne peux pas croire que c’est le même ciel, les mêmes rues. D’autres hommes sont venus : nos enfants, et nous ont envahis bien avant les Allemands. Ils regardent ce que nous avons entretenu, cultivé à leur intention et haussent les épaules. Ils arrachent nos efforts, nos croyances, nos volontés et ne sèment rien d’autre à la place. Ça nous fait une France noire comme la trace d’un feu entre deux pierres.
De temps à autre la foule pousse une sorte de cri géant qui glace Petit Louis.
— Je me demande ce que fait Hélène, soupire-t-il.