De partout des bêtes à peur, des bêtes à peur.
Hélène marche sans but ; elle suit le marin car, pour l’instant, elle est incapable de choisir une direction.
Il lui demande :
— Comment vous appelez-vous ?
— Hélène.
Elle répond « Hélène » parce que c’est une vérité facile, elle est hagarde et chavirée comme après l’amour. Elle respire voluptueusement l’air crépitant de l’été en se rappelant de l’odeur pénible de la chambre. Les siens ne sont plus immédiats, ils existent dans un lointain inévitable, rabougris dans leur anxiété.
Cramponnée au bras du militaire, elle parvient à un carrefour.
— Moi, je m’appelle Maurice, finit par dire le marin sur un ton de reproche.
Des gens les bousculent un peu. Tout à coup une montagne de drap noir se dresse devant eux. Les yeux d’Hélène grimpent la montagne. En haut se trouve une tête déjà vue quelque part. Ah oui, c’est un agent de police. Il porte un brassard tricolore et roule des yeux ragaillardis par le triomphe.
— Bon Dieu de garce ! tonne-t-il, elle en a un culot. Se promener avec les nôtres après s’être fait sauter par toute une armée de chleuhs.