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Hélène avance à pas pressés. La ville grouillante roule sous ses pieds.
« En somme, ça a été facile », songe-t-elle.
Elle revit cet instant, maintenant immobile, qui la regarde s’éloigner. Il y avait la porte, le palier obscur et l’escalier de bois. Tout ça était difficile à comprendre.
Hélène s’est demandé : « À quoi sert cet escalier ? » La chambre n’était-elle pas devenue leur univers ? Elle s’est jetée dans la paix humide du palier. Sa mère l’a appelée. Alors le son de cette voix lui a fait comprendre qu’elle n’appartenait plus à cet univers. Elle est descendue en hâte. Et voilà… La ville n’avait pas changé ! C’est eux qui la voyaient autrement. La ville est redevenue une vieille habitude intéressante, tandis que le père, la mère, Petit Louis, métamorphosés en oiseaux, volent tristement dans une cage ignorée.
Beaucoup de monde dans les rues.
« Je ne croyais pas la ville aussi peuplée, remarque Hélène. Les hommes sortent de leurs ruches par roulement, autrement, on prévoirait de plus larges artères, capables de les mieux contenir. »
Soudain, elle s’arrête, extasiée : un matelot basané lui sourit, ses yeux bleus conservent un souvenir marin, comme les coquillages biscornus qui vous mugissent le fracas des flots dans les oreilles.
Hélène mollit, elle aime les beaux hommes. Elle les aime tendrement, avec ferveur, comme des animaux somptueux et familiers.
— Voulez-vous toucher mon pompon ? fait le marin niaisement.