Petit Louis reconquiert son aisance crapularde.
— Stop ! fait-il en dévisageant sa sœur. La philosophie n’est pas le genre de la maison.
La mère sourit avec indulgence. Elle dit doucement :
— Mes pauvres, vous vous usez les nerfs en discussions mauvaises. Toutes ces choses sont trop fortes pour nous. Si elles vous intéressent vous serez toujours à temps de vous en occuper quand nous serons chez mon frère.
Hélène pense à son amour inconnu : voilà l’homme qu’il leur faudrait pour les sauver. Elle veut retrouver la nuit ample et sonore de la montagne et le murmure du gel, et les lumières d’amour enfouies au fond des brumes.
Petit Louis déteste la campagne mais il aimerait y vivre désormais, pour avoir peur de la foudre les jours d’orage ; pour avoir peur des taureaux en franchissant les barrières ; pour avoir peur des chiens la nuit. Ah, comme ce serait bon de se heurter à un effroi familier, facile à dissiper. Oui ! fuir sa peur pour avoir peur…
« J’aurais toujours, décide-t-il, une baguette de noisetier pour me défendre des vipères, je ne nagerais jamais jusqu’au courant de la rivière, je changerais de vêtement chaque fois que je serais en sueur, je ne boirais pas l’eau des sources, je ne mangerais d’aucun champignon, je… »
Le père de nouveau se sent las. Il voudrait travailler, travailler, jusqu’à mourir au bout de sa pioche.
✩
Ils sont comme des gens réunis par hasard dans un salon d’attente. Ils s’observent à la dérobée ou se regardent d’un air faussement affable. Le sens de leur famille s’égare, chacun vit étroitement avec soi-même et compose son propre foyer. Chacun s’assiste, se veille, s’étudie.