À l’époque de cette photographie, Petit Louis n’allait pas encore en classe. Il appartenait exclusivement à sa mère. Il s’amusait dans l’appartement à des jeux bizarres qu’il inventait et auxquels la brave femme ne comprenait rien. Elle demandait :

« — Pourquoi as-tu fait un rond de savon sur les vitres ? »

« — Parce que…, répondait Petit Louis, à cause du ciel… »

« — Ah », faisait la mère, d’un air renseigné, en enveloppant son fils d’un regard timide.

Les jours de lessive, il se tenait accroupi dans un coin de la cuisine, respirant voluptueusement une suffocante odeur de crasse chaude. Un brouillard humide et tiède rendait écœurante l’atmosphère de la pièce.

Petit Louis rêvait qu’il se trouvait dans un aquarium, et il supposait que sa mère était un poisson monstrueux, nageant péniblement dans la buée couleur de miroir troublé.

« — Cet enfant a le regard triste, confiait Constance Lhargne à son mari. Il me fixe pendant des heures sans bouger. Je me demande à quoi il pense. »

Petit Louis organisait d’interminables convois de pinces à linge qui se mordaient mutuellement.

Une moitié de pince à linge ressemble à une auto de course. Ainsi des caravanes de voitures se pourchassaient-elles dans l’appartement.

Tout ça, les jours de lessive, à l’époque de la photo.