Hélène se laisse choir sur un siège et fredonne :
— Adieu l’hiver morose
Vive la rose…
— Je m’en souviens, fait la mère, extasiée, cette chanson !… Tu avais des galoches, un manteau gris, un béret blanc, un petit panier dans le dos où tu mettais ton goûter et ton ardoise. C’était le beau temps. Chante-la toute.
Hélène chante d’un air gêné, en évitant les regards. La chanson ressemble à un chou emperlé de rosée. Elle évoque un matin fou et du bonheur salubre. Les narines de Petit Louis se pincent avec ivresse. Le père sourit.
Il murmure soudain :
— C’est bête une chanson, mais on y met un tas de choses dedans.
Lorsqu’elle a terminé, Hélène regarde son frère.
— Tu es capable de bonté, fait-elle en prenant un ton enjoué pour atténuer la gravité de ce qu’elle énonce. L’admiration c’est de la bonté, tu ne crois pas, papa ?
— Bien sûr, approuve le père.