Voilà M. Otto, sinistre et familier, plein d’Allemagne, plein d’une nostalgie austère, pensé par Wagner et animé par une hérédité implacable. M. Otto s’assied au chevet d’Hélène comme avant.
« — Bonjour, mon petit amour français », murmure-t-il de sa voix morte.
Tout était insensible et vaste chez cet homme.
« — On dirait que vous êtes une machine de vie, obéissant à la loi de ses rouages », disait parfois Hélène.
Il ne riait pas. Il tapotait la joue de la jeune fille tandis qu’une lente insolence animait son regard.
« — Vous autres, Français, commençait-il, vous existez avec votre langue. Des mots, du bruit, ou sinon vous vous tarissez. »
Il se tient au bord d’Hélène comme au bord d’un paysage, tendu dans sa contemplation.
Hélène se dit :
« C’était un être immuable. Tiens, observe-t-elle, nous parlons au passé des gens qui ont disparu de notre horizon. »
À la réflexion, Otto justifie cette déformation. C’est un type qui n’occupe aucune place dans le temps, sa présence et son souvenir produisent une impression identique ; on ne peut pleurer sa mort, car il est fait d’immobilité et de silence.