— Je suis amoureuse d’un homme que je ne connais pas.
— Je vois ça, pouffe Petit Louis. Romanesque, hein ? Il s’agit de Robert Taylor, je suppose ?
— Tu ne sais pas non plus moquer les gens, remarque Hélène, impitoyable. Décidément tu n’es pas urbain.
Elle retourne s’étendre sur le lit.
— Quelque chose ne va pas ? s’inquiète la mère.
— Tout va bien, affirme Hélène en souriant. Je suis lasse de ne rien faire, simplement.
De temps à autre elle se donne rendez-vous avec son amour inconnu et s’isole pour le rejoindre. À quoi bon expliquer cela ? Hélène n’explique jamais que ce qu’elle désire comprendre.
Elle ferme les yeux. Le noir s’abat sur elle, un noir voluptueux, doux comme de l’ouate. Et l’Inconnu surgit.
C’était à la campagne, la nuit. Hélène arrivait chez son oncle. Elle devait parcourir trois kilomètres en traînant une lourde valise. Elle allait dans les chemins creux, tourmentés d’ornières boueuses où pourrissaient des feuilles mortes. Le froid craquait dans les arbres. Des bêtes obscures fouaillaient le gel et la lune glacée pendait au fond du ciel comme une décoration désuète. Hélène avançait dans la buée de son souffle. La valise ballottait dans ses jambes. Alors un homme a surgi, dur et massif dans la brume tremblante. Il a saisi la valise, puis il a ri et son rire est allé se fracasser contre les montagnes.
Il a peu parlé. Hélène se chauffait à sa chaleur.