La mère ne comprenait pas la pensée de M. Otto. Maintenant une grande lumière de vérité l’inonde. Comme elle regrette leur vie passée ! Ou plutôt, elle regrette que leur vie se soit déroulée de cette façon. Elle ne déplore pas leurs actes, mais les circonstances qui les ont provoqués. Le pénible, dans l’existence, c’est d’avoir à prendre des décisions. Même lorsqu’on laisse couler la vie, il faut décider de ne pas intervenir dans l’accomplissement du destin. Ainsi quand la mère s’est trouvée enceinte d’Hélène, le père a dit :
« — Tu devrais en parler à Mme Baudouin. »
Mme Baudouin, c’était une voisine qui s’en faisait passer un, au moins, toutes les années.
Le père parlait d’un air hypocrite, dans le genre Judas.
La mère a demandé :
« — Tu crois qu’on ne pourrait pas s’offrir “ça” ? »
« Ça » c’était l’image d’une petite vie ratatinée dans des linges blancs.
Le père a souri — le premier sourire dédié à Hélène. C’est un brave homme, Albert.
Ils se sont réjouis des nausées annonçant Hélène. Et puis voilà, c’est devenu quelqu’un de vingt-cinq ans et ça se teint les cheveux.
Vous parlez ! Comme la vie est bête.