Pourquoi cette difficulté respiratoire lui fait-elle songer à Édouard, le jeune photographe tuberculeux, dont elle avait fait la connaissance à Vances, à l’âge de seize ans ?

Édouard ! Il nage dans l’atmosphère sirupeuse et fétide de la chambre avec le blond fou de ses cheveux et son sourire de vieille photographie fieuzale. C’était quelque chose de déjà mort, dont la pensée et le reflet seuls s’attardaient. Il photographiait tout : les méditations d’un vieux chien, une branche de lilas, le grand cri rouge du soleil plongeant derrière l’horizon… Hélène l’aimait bien, Édouard, d’un amour triste et désenchanté.

« — Fais bien attention qu’il ne te respire pas devant la bouche », lui recommandait sa mère.

Hélène étudiait le souffle empoisonné d’Édouard, jouant à lui présenter son visage, mais sans oublier d’interrompre sa propre respiration.

Elle admirait ses cheveux parce qu’ils ressemblaient aux longues herbes jaunes et floues des collines pauvres. Elle se perdait dans ses grands yeux morts, à la surface desquels, parfois, remontait un peu de bleu vivant.

Il semblait heureux. Il disait :

« — Si j’étais riche, je voyagerais. »

Hélène avait l’impression qu’il mourait à cause de sa pauvreté.

L’après-midi, il développait ses épreuves dans la chambre noire en compagnie de sa jeune voisine. Hélène revoit la caisse où brillait une minuscule ampoule rouge, les récipients étranges, et les rectangles de pellicule, nageant dans l’hyposulfite.

« — Celle-ci vient bien ! s’exclamait Édouard. Et celle-là donc, regarde ! »