D’une voix si lamentable qu’elle lui flanque envie de pleurer.

— Hum ?

— Tu te souviens de la grange à Vances ? Et du verger, et du hangar aux fagots ?

— Pourquoi parles-tu de cela ?

Car en effet, jamais l’un d’eux n’a fait allusion à ces gamineries terribles.

— Ce que tu es putain, chuchote Petit Louis, affectueusement et sur le mode admiratif.

Il a trouvé ce que réclamait son inquiétude : une relève à sa veille. Longtemps maintenant, Hélène va vivre et le faire vivre en remâchant des souvenirs.

Il s’endort, gavé d’un soulagement radieux, en pensant au grain de beauté.

Hélène a un goût de vieux sommeil sur la langue. Elle prête l’oreille : Petit Louis s’est endormi. Elle coule un regard indifférent au père que la lune n’a pas abandonné ; il possède une tête austère de vieil ouvrier sans rancune. Ses mains reposent sur les bras du fauteuil, lourdes mains en peau de crocodile, aux ongles ras et carrés. Il a fait des enfants à la grosse femme affaissée sur le lit et ces enfants les ont rejoints dans le temps. Hélène passe la main par l’échancrure de son corsage et touche ses seins. Comment tant de douceur a-t-elle pu naître de ces rudes bêtes ?