Il poursuit, le Vieux, sans me regarder.
— Le ministre porte à cette affaire un intérêt, très, très vif. Il m’a laissé entendre, ce matin encore, que si nous n’aboutissions pas, ma démission sera exigée.
— Je vous flanquerai la mienne avant, fais-je, très sec.
— Cela ne modifierait rien à la situation. Mieux vaut réussir…
— Je ferai l’impossible.
— C’est ça… L’essentiel est que vous le fassiez vite !
Je salue d’un bref signe de tête et je quitte le bureau bien décidé à casser la gueule du premier mec qui n’aura pas une physionomie à ma convenance.
Je tombe nez à nez avec Pinaud, un vieux du métier qui est à deux doigts de la retraite. Et quand je dis que nous tombons nez à nez l’expression prend une valeur particulière car il a un pif qui doit peser dans les huit cents grammes.
C’est un petit homme aux cheveux gris, à l’œil terne et au front émaillé par l’eczéma. Il a un nez long et blême pourtant entretenu au beaujolais et, sous ce nez, une ridicule petite moustache déprimée.
Il parle toujours de choses qui n’ont jamais le moindre rapport avec les sujets susceptibles de vous intéresser, et ce d’une voix un peu geignarde, dénuée d’inflexions.