— Depuis la veille, depuis votre première visite…

— Et c’est cet autre-là qui a égorgé Édith Almayer ?

— Oui…

— Pourquoi ?

C’est la crise de folie brutale ! Elle se met à hurler de toute ses forces. C’est un cri de bête fauve, un cri de démente. Elle hurle à se faire péter les cordes vocales. J’en ai les oreilles meurtries.

— Fermez ça, voyons, dis-je, ils vont ouvrir…

Mais c’est trop tard, ses nerfs ont craqué. Elle pousse sa clameur de mort, sa clameur de folle. Et ça doit s’entendre à l’extérieur…

Oui, ça s’entend car la porte s’ouvre… Pernette va pour se ruer au dehors, mais la fameuse chaîne la retient. Par le rectangle de lumière je vois une main jaune tenant une allumette. Cette main s’arrête devant la gueule du brûleur. L’espace d’un éclair je pige la manœuvre. Les Jaunes veulent en finir avec nous et ils vont nous rôtir en vitesse. Je me jette de côté, tout contre la paroi du four. Un plouf terrible ! Une lumière aveuglante ! Le brûleur devient un lance-flamme ! Il darde sur le four un jet de feu d’une extraordinaire violence… Le hurlement de Pernette atteint son paroxysme. Puis elle se tait. Elle est embrasée comme une torche. Je la vois un instant intacte au milieu du brasier, illuminée comme un arbre de Noël, flamboyante, radieuse ! Puis elle se tord, comme broyée par ce jet de feu. Elle éclate, se fissure, fond, noircit…

Et moi, j’étouffe… Moi, je meurs… d’as… phy…

* * *