Riffaut me raconte par le menu l’agression dont il a été victime. Il m’explique que le garage du ministère est très grand, car d’autres services administratifs y rangent aussi leurs guindes. Il connaît la plupart des chauffeurs de ces services, mais pas tous. Aussi n’avait-il aucune raison d’être surpris lorsque Stumer, loqué d’une livrée de grande maison, l’a interpellé dans le garage.

Il ajoute que lui, Auguste, est d’un naturel très liant.

J’en ai, du reste, la preuve. Sa femme renforce cette allégation d’un vigoureux hochement de tête.

Je la calme en lui assurant que son bœuf gros sel est une pure merveille. Et nous lâchons vite le bœuf pour revenir à nos moutons.

Donc Auguste a accepté de trinquer avec le nouveau chauffeur. Il lui a offert une gourde de marc et il s’en est enfilé une rasade.

— C’était terriblement fort, monsieur le commissaire. J’ai fait la grimace, bon Dieu ! Ça me rôtissait le corgnolon… Et puis, d’un seul coup, j’ai eu une vapeur chaude plein le crâne… Il m’a semblé que mon cerveau devenait en bois. J’ai essayé de me retenir après ma voiture… J’ai pas pu… Je regardais mes doigts glisser sur la carrosserie. Y avait pas moyen de les refermer… Je suis tombé et ça a été comme si ma pauvre tête explosait…

Il termine la narration de son aventure en me disant comment, en fin de journée, des mécanos travaillant dans le garage ont été alertés par ses plaintes… Il râlait et il s’en était fallu d’un quart de poil qu’il ne claque dans le coffre de la bagnole où l’avait enfermé Stumer…

Deux jours d’hôpital furent nécessaires pour le remettre sur pied.

— Voilà toute l’histoire, monsieur le commissaire. On va l’arrêter un jour, oui, ce salaud-là ?

— Non, dis-je, car il est mort…