Troisio : que les Jaunes sont après moi et qu’ils veulent ma peau…
Voilà qui est déjà édifiant. J’hésite à rancarder le boss sur les dernières nouvelles, mais je me ravise. Les jactages ne pressent pas. J’ai du boulot plus pressé pour l’instant…
Je descends au poste de garde et je demande après Bérurier. Bérurier, je vous en ai déjà parlé autre part, c’est une grosse enflure de flic qui collectionne les chansons 1900 et qui les chante, ce qui n’arrange rien ! À part ça, pas manchot du tout lorsqu’il s’agit de castagne.
On me répond qu’il va revenir. En effet, il sort des gogues, la braguette ouverte comme les portes d’un stade un dimanche après-midi, les bretelles battant ses talons, un journal à la main. Aucune pudeur, cet enfoiré ! L’image de la vie animale dans toute sa déprimante cruauté.
Je le regarde avec amertume.
— Tu m’écœures, dis-je, t’es trop organique pour un poète comme moi !
Il me répond qu’il m’emmerde et que ce sentiment s’étend à tous les poètes professionnels ou amateurs, morts ou vivants, connus ou méconnus. Après quoi, il rajuste ses bretelles et boutonne sa sortie de secours.
— Tu as du boulot, en ce moment ? je lui demande.
— Tu as déjà vu un troupier du Vieux sans boulot, toi ?…
— Urgent ?