Quelques gardes qui cognaient la belote sont gênés par mon séjour ici. Ils ont interrompu leur partie et ils se parlent à mi-voix en me regardant du coin de l’œil.

Depuis vingt minutes déjà le signalement de la 203 de mes agresseurs a été communiqué et quatre motards se sont lancés à leur poursuite… Il ne me reste plus qu’à attendre la bagnole que je viens de demander par téléphone à la permanence de la maison poulaga.

En attendant qu’elle radine, je joue au feu de cheminée avec mon paquet de Gitanes. L’atmosphère s’épaissit de plus en plus et je vous prie de croire que j’y apporte ma contribution personnelle.

Il y a des gars qui ne peuvent penser que dans le calme. Moi, c’est plutôt le contraire… Pour que je gamberge à plein régime, il faut que je baigne dans un brouhaha ouaté…

Ici, c’est gentil comme coinceteau.

Les hommes de garde me lorgnent toujours avec le respect qu’on doit à des supérieurs, surtout lorsqu’ils sont valeureux. Et, sans m’administrer de coups de tatanes dans les chevilles, c’est le cas pour moi, non ?

Soudain, le bigophone grelotte.

Un brigadier à moustaches de jeune premier anglais décroche.

— Allô ! Oui ?

« C’est pour vous ! ajoute-t-il en me tendant le biniou.