— Une balle en plein cœur ! dit-il après un instant d’examen. Cet homme devait avoir une quarantaine d’années… Il a séjourné au moins un mois dans l’eau…

Il ne pouvait rien dire de plus avant l’autopsie. Dehors, dans la cour de la mairie, Gustave s’expliquait avec les journalistes accourus de Lyon.

Comme il a la parole facile et pas mal d’imagination il leur donnait pour la quarantième fois sa version de sa pêche. C’était du gratiné, bien mijoté… Les gars n’avaient qu’à sténographier.

Directo du producteur au linotypiste ! Et il m’oubliait pas dans ses prières, Tatave. Le culte de la famille, il l’a… « Mon neveu, le commissaire San-Antonio… » Quand il disait ça on avait l’impression qu’il allait poser son râtelier pour aller plus vite !

J’ai attendu qu’il ait fini… et j’ai confirmé ses salades en quelques mots. Devant ma tire. On nous a immobilisés pour un suprême cliché. C’est celui qui a été choisi par le metteur en pages : on me voit debout devant ma voiture avec, à mes côtés, un fagot de cannes à pêches derrière lequel se tient Tatave. Il a paru en première page, juste à côté de la guerre d’Indochine.

* * *

Inutile de vous dire qu’après cette histoire je n’ai eu qu’une hâte : me faire la valoche. Le temps de signer ma déposition chez les collègues et j’ai repris la route de Paris. Le tonton voulait me garder encore, mais moi j’en avais classe.

Tant qu’à faire de tripoter de la viande froide j’aime mieux le faire sur commande.

— Tu reviendras bientôt ? m’a demandé le Tatave…

— Un de ces quatre, c’est juré…