Je m’apprête à doubler la dernière voiture avant le pont. Comme je parviens à sa hauteur, je renouvelle mon coup du phare. Ça me permet de découvrir une silhouette, agenouillée sur la banquette arrière d’une 203. Cette silhouette tient une jolie mitraillette !

Imaginez un brin la rapidité de ma pensée !

Je me dis que cette mécanique n’est pas faite pour chasser les papillons de nuit. Je me dis qu’un type agenouillé sur une banquette avec ça dans les pognes n’attend pas le passage du Tour de France… Je me dis que mon existence doit incommoder des gens. Et je me dis tout ça en moins de temps qu’il n’en faut pour compter jusqu’à un…

Au passage, je vais morfler une rafale, c’est du tout cuit… Je le sens, je le comprends… C’est aussi inéluctable que le retour du printemps !

Alors, mes bons vieux réflexes répondent à l’appel muet que je leur adresse.

Je flanque un coup de volant sur la droite, c’est-à-dire de manière à me trouver derrière la voiture inquiétante. Au lieu de freiner, j’accélère. Tant pis pour la tôle ondulée, je suis assuré tous risques. Cramponne-toi, Dudule, y fait du vent !

À moi les biscuits Gondolo !

Je percute à soixante-dix. C’est honorable. Du coude gauche, je me protège les châsses à cause du verre pilé !

Prran !

La 203 fait un bond en avant. Un bruit de métal tordu, de verre brisé…