— Après tout, dis-je, j’ai les crocs moi aussi.
Je cramponne la serveuse par une anse et je lui dis de m’apporter une choucroute spéciale aussi garnie qu’un hôtel meublé.
Elle s’empresse, croyant que je suis un pote à Veitzer dont la cote, ici, est au maximum.
— Ce qui se passe ? demande-t-il enfin en me regardant dans les mirettes…
— Des choses…
— Ah oui ! J’ai pas fait de galoup, pourtant…
— Non, t’es un ange… Le pape me disait hier au téléphone qu’il avait envie de te canoniser… Mais commence à mastéguer sans moi, je t’en prie…
Rageusement, il pique de la fourchette dans son assiette. Moi je ne pipe mot car il faut toujours laisser les truands baigner dans leur jus. Pendant qu’il se consume en points d’interrogation ses nerfs flanchent. Et c’est autant de gagné pour nous autres !
La serveuse apporte ma bouffe, je me mets à jaffer en louchant sur son journal.
— Qu’est-ce que tu penses de la descente du Havre en seconde division ?