— Vous comprenez, docteur, nous avons besoin d'arriver quelque part, Hélène et moi, de pousser une porte et de la refermer derrière nous. D'être seuls sous un toit sur lequel il pleut, ou derrière des fenêtres pleines de soleil.
Il a parfaitement compris. Deux jours plus tard, il décidait la vieille châtelaine de Saint-Theudère à nous louer un petit pavillon de chasse délabré, au fond de son parc.
La construction avait la forme d'un kiosque à musique. Elle comprenait deux pièces : l'une au rez-de-chaussée, l'autre au premier étage. Au-dessus se trouvait un vaste colombier où ne nichaient plus depuis longtemps que certains oiseaux du parc.
Cette bicoque ne dépendait pas directement du château ; on y accédait par une large allée herbue qui, à travers le sous-bois, rejoignait la route montant du village. Elle disparaissait sous le lierre. Hélène a poussé un cri d'admiration en l'apercevant. Je tenais la clef à la main. La porte a grincé. A l'intérieur flottait une odeur de cuir moisi. Hélène m'a dit :
— J'ai toujours rêvé d'habiter dans un pavillon aussi romantique que celui-ci.
— Tu n'auras pas peur dans ce parc ?
— Peur ?
Elle a réfléchi. Je ne parvenais pas à comprendre l'orientation de ses pensées. Puis elle m'a embrassé sans répondre.
* * *
Nous nous sommes installés ; nous avons commencé par allumer un grand feu de brindilles dans la cheminée noircie. Grâce à Thiard — toujours lui — et à madame Picard, nous avons pu nous procurer quelques meubles et des ustensiles de cuisine. A la fin de la journée, notre aménagement était presque achevé et nous sommes sortis pour respirer le soir.