Lorsque enfin elle s'est trouvée au milieu de la cour de madame Picard, je l'ai examinée en détail, et j'ai fait la grimace.
— Votre diagnostic n'est pas fameux, hein ? m'a demandé Thiard.
J'ai toussoté en guise de réponse.
— Enfin, a-t-il ajouté après un haussement d'épaules, c'est une affaire à laquelle je suis étranger désormais.
Il s'est retourné plusieurs fois pour regarder sa B 2. Au fond, malgré qu'il ne s'en servît plus depuis longtemps, il devait bien l'aimer, sa bagnole.
Oui, le docteur Thiard c'était un type à s'attacher à n'importe qui, à n'importe quoi, comme le font ceux auxquels il manque une présence.
* * *
Lorsque j'ai entrepris de réparer l'auto, je me trouvais dans l'état d'esprit de celui qui se jette sur la bride d'un cheval emballé ou qui plonge dans un torrent pour repêcher un noyé. Ce travail ressemblait en effet à de l'héroïsme, tellement la voiture se trouvait dans un triste état.
La carrosserie recouverte de moleskine était crevée en plusieurs endroits. Le capot cabossé avait l'air d'un vieux chaudron et l'un des phares ne tenait plus au véhicule que par les fils branchés à la batterie. Le pare-brise était fendu, la malle arrière arrachée, et les manettes des portières me restèrent dans les doigts quand je voulus les ouvrir. Les rats, chose curieuse, avaient négligé de dévorer les pneus ; par contre, ils s'étaient délectés avec les banquettes, et celles-ci n'étaient plus représentées que par une double rangée de ressorts auxquels adhéraient encore des touffes de crin et des lambeaux d'étoffe.
Hélène riait en me voyant ressortir de l'automobile, les cheveux couverts de toiles d'araignées.